CrossFit : 4 exercices fonctionnels

CrossFit : 4 exercices fonctionnels

Le Crossfit est une méthode de préparation physique qui s'adapte à tous les niveaux de performance. (G. Ilyes/Cooltraining)

Le Crossfit est une méthode de préparation physique qui s’adapte à tous les niveaux de performance. (G. Ilyes/Cooltraining)

Le CrossFit est une méthode de préparation physique qui peut s’adapter à tous les niveaux de performances. Voici quatre exercices.

 

https://www.lequipe.fr/Coaching/Musculation/Actualites/Crossfit-4-exercices-fonctionnels/1177129

Le Crossfit est une méthode de préparation physique accessible et adaptable à tout le monde développant les 10 qualités physiques essentielles à tous sportifs : endurance cardio ventilatoire, endurance musculaire, force, mobilité, puissance, précision, vitesse, coordination, équilibre et agilité.

Composé de trois grandes familles de travail (l’endurance cardio ventilatoire, la gymnastique et l’haltérophilie), une multitude d’exercices et de combinaisons vont s’offrir à vous à travers différents formats d’entraînements. Vous allez pousser, tirer, soulever, courir, sauter, déplacer, grimper… et bien plus encore.

Chaque mouvement, chaque exercice pourra être adapté en fonction des capacités physiques de l’athlète. En réduisant la charge à soulever, en diminuant la hauteur à franchir ou en délestant le poids de corps à déplacer par exemple.

Les formats :
– Le « for time » : Réaliser une tâche le plus vite possible.

– L’AMRAP (As Many Reps as possible) : Réaliser le plus de répétitions possible d’une combinaison de mouvements en un temps défini au préalable.
– L’EMOM (Every Minute On The Minute) : Chaque minute, il faudra réaliser un certain nombre de répétitions d’un ou plusieurs exercices donnés.

C’est le temps qui crée le stimulus et induit l’intensité. Partir courir 5 kilomètres avec ses collègues lors de la pause déjeuner ou faire sa sortie running en courant 5 kilomètres avec ces mêmes collègues le plus vite possible changera totalement la donne de celle-ci. La motivation sera décuplée et l’émulation du groupe apportera une envie de se dépasser. Nous retrouvons exactement cette atmosphère dans une box de CrossFit, les athlètes se dépassent et s’encouragent.

Le wall ball

Le principe est de projeter un medecine ball, plus ou moins lourde selon le niveau de condition physique de l’athlète, après avoir au préalable exécuté un squat cassant la parallèle, sur une cible située à 2,75 m pour les femmes et 3,05 m pour les hommes. Terriblement efficace, il engagera pratiquement l’ensemble des muscles de votre corps (cuisses, fessiers, abdominaux, triceps, deltoïdes…), et fera appel à votre précision, votre coordination et engagera de façon certaines votre endurance cardio-vasculaire et musculaire.

Exemple d’entraînement : « Karen » qui consiste à effectuer 150 wall-balls le plus vite possible.

Position de départ du wall-ball. (CoolTraining)

Position de départ du wall-ball. (CoolTraining)

Se relever en projetant le wall-ball sur la cible ou le mur. (CoolTraining)

Se relever en projetant le wall-ball sur la cible ou le mur. (CoolTraining)

Le rope climb

Le rope climb ou la montée de corde. Qui ne se souvient pas dans les gymnases des collèges, des redoutables montées de corde pendant les cours d’EPS ? En CrossFit, la partie gymnastique est le fait de déplacer son propre poids de corps. Faisant appel à votre force et votre gainage, vous pourrez à l’aide de votre coordination et une technique simple que votre coach vous enseignera, grimper jusqu’au sommet de 4 mètres recommandé.

Exemple d’entraînement : EMOM (Every Minute On the Minute) 6 minutes : 4 rope climb. Cet entraînement consistera à réaliser 4 montées de cordes toutes les minutes et ce, pendant 6 minutes.

Position de départ du Rope Climb. (Cooltraining)

Position de départ du Rope Climb. (Cooltraining)

Toucher la barre au-dessus de la corde pour valider le mouvement. (Cooltraining)

Toucher la barre au-dessus de la corde pour valider le mouvement. (Cooltraining)

Le rameur

Le rameur, reprenant le sport olympique de l’aviron, est un outil exceptionnel pour augmenter l’endurance cardio-vasculaire. Le mouvement engageant aussi une majorité des groupes musculaires, il aura un véritable impact positif sur la condition physique. Trois indices de performances seront différemment utilisés pour évaluer les performances : Les mètres, les calories ou les watts.

Exemple d’entraînement : 5 000 mètres For Time (réaliser 5 000 mètres le plus vite possible)

Position de départ du rameur. (CoolTraining)

Position de départ du rameur. (CoolTraining)

Le snatch (arraché olympique)

Le snatch est le mouvement d’haltérophilie par excellence. On a longtemps considéré que c’était le mouvement sportif le plus complet qui puisse exister. Le snatch ou soulevé le plus rapide du monde, consiste à déplacer une barre d’haltérophilie du sol jusqu’au-dessus de la tête en un seul mouvement. Ce mouvement demandera de la mobilité, de la vitesse, de la force, une grande coordination, de la puissance…

Exemple d’entraînement : Trouver son 1 RM (1 répétition la plus lourde possible)

Position de départ du snatch. (CoolTraining)

Position de départ du snatch. (CoolTraining)

Le squat snatch, une variante du snatch. (CoolTraining)

Le squat snatch, une variante du snatch. (CoolTraining)

Cet article est proposé par CoolTraining, agence de coachs sportifs à Paris et partout en France, en collaboration avec Olivier Martins, head coach de CrossFit Aslak RM.

Running : les bras, solution miracle de la foulée ?

Running : les bras, solution miracle de la foulée ?

 

Les bras : solution miracle de la foulée?  (Shutterstock)

On pense souvent que l’on a besoin uniquement de nos membres inférieurs pour courir. Or, il s’avère qu’une bonne utilisation des bras permet d’économiser de l’énergie. Un expert en course à pied vous l’explique.

 

https://www.lequipe.fr/Coaching/Bien-etre/Actualites/Les-bras-solution-miracle-de-la-foulee/899299

Il n’est pas question ici d’affirmer que les bras ont un rôle prédominant dans la course à pied mais leur mauvaise utilisation peut potentiellement réduire vos performances, en raison d’une dépense d’énergie inutile. Jean Julien, entraîneur expert de demi-fond, vous donne quelques conseils.

Pour affiner votre équilibre

Il est clair que les bras ne vont pas remplacer vos jambes pour courir. Ceci dit, une bonne coordination entre vos membres inférieurs et votre haut du corps vous offrira une meilleure aisance. « Le rôle essentiel des bras est d’équilibrer le corps. Naturellement, lorsque votre pied droit avance, votre bras gauche fait le balancier. Le tronc et les jambes sont donc en opposition ». 

Trouver une posture adéquate sera alors capital pour tenir un footing sur la durée. « Regardez devant vous (environ 20m) pour éviter de pencher le buste, tout en faisant attention à où vous courez. Gardez le dos droit, les épaules dégagées et grandissez-vous le plus possible. Le coureur lambda devra essayer de privilégier au maximum une attaque légère au sol par le talon pour dérouler ensuite le pied sans exagérer. Il ne faut pas verrouiller le bassin car cela peut avoir des impacts au niveau du genou ». À cela s’ajoute une bonne position des bras. « Vos bras doivent être courts et proches du corps, assez bas, à peu près au niveau des hanches avec les coudes à 90° qui montent un peu derrière. Leur position s’apparente au bercement d’un bébé », glisse le spécialiste.

Comment ne pas se crisper ?

Mais comment faire quand on n’est pas expert ? En effet, si vous êtes plutôt handballeur, gymnaste ou encore boxeur que véritable runner, il est possible que vous sentiez un peu de crispation du haut du corps lors d’une séance de course à pied. « Beaucoup de sportifs qui ne sont pas athlètes ont tendance à monter les épaules en courant, mais cela les fatigue au bout d’un certain temps. Il faut les obliger à les baisser comme si ils venaient frotter leurs mains avec leurs hanches ». 

Pour se relâcher, le spécialiste vous conseille avant tout de « penser à ne pas serrer les poings car cela contracte les fléchisseurs de la main et les avant-bras. Cette tension n’est pas viable sur 1h à 1h30 de course à pied ». Une certaine technique consiste à mettre un objet dans votre main et tenter de ne pas le faire tomber, tout cela en gardant la main ouverte.

Quelques astuces avant et pendant la course

S’aider d’un coach ou d’un entraîneur est, évidemment, la meilleure option pour corriger la position des bras. Si vous préférez courir seul, quelques astuces sont donc à prendre en compte. Dès votre échauffement ou le début du footing, vous pouvez intégrer des assouplissements de bras et des mouvements d’épaules pour vous détendre. « L’idée est de faire des petits cercles en montant et descendant les épaules, tout ça corrélé à une bonne respiration ». 

Pendant la course, vous pouvez lâcher et détendre les bras vers le bas de temps à autre. Il faut éviter les mouvements parasites, coûteux en énergie. « Le but est de conserver toute l’énergie et la concentration dans les muscles propulseurs, cardiaques et le système nerveux ». 

Pour aider à passer les obstacles

Mais qui n’a pas déjà entendu quelqu’un dire : « Aide-toi de tes bras pour monter, ce sera plus facile » ? En effet, les bras peuvent aider à franchir des obstacles, notamment en trail, et peuvent aussi venir en aide lors d’une course sur terrain dénivelé. Mais attention, plus vos bras vont accélérer, plus vos jambes iront vite. Il faut ensuite être capable de tenir la cadence.  « Il ne faut pas chercher à faire de mouvements amples. Les bras peuvent donner le rythme et la cadence de la foulée, comme dans la marche », conclut-il.

Y a-t-il un pilates dans l’avions ?

Y a-t-il un pilates dans l’avions ?

par Margherita Nasi – Society – paru le 6 août 2020

Pendant le confinement, les exercices de pilates à la maison ont cartonné. Mais combien des nouveaux adeptes connaissent Joe Pilates et savent que l’homme a créé la méthode à son nom depuis un camp de prisonniers de la Première Guerre mondiale, justement en pleine épidémie de grippe espagnole ? Retour sur un mythe et sa légende.

Entre 20 et 50 millions selon l’Institut Pasteur, jusqu’à 100 millions selon des décomptes plus récents. Le nombre de morts de la grippe espagnole depuis 1918 à travers le monde est toujours impressionnant.
Pourtant, parmi les prisonniers internés sur l’île de Man, on en compta zéro. Un miracle ? Presque. Le remède béni par les 23 000 détenus du camp de Knockaloe à la fin de la guerre n’est ni un vaccin ni un médicament, mais un émigré allemand aux cheveux en pagaille et au nom aussi retentissant que sa méthode : Joseph Hubertus Pilates. Avec pour tout bagage des muscles saillants, un œil de verre et un anglais bancal, ce veuf de 30 ans n’avait pourtant débarqué en Angleterre qu’en 1914, quittant sa patrie et son métier de brasseur pour percer dans le pugilat à Londres, alors la Mecque de la boxe. Il avait fini dans une troupe de cirque, à faire l’acrobate et la “statue grecque vivante” : semi-nu, il bombait le torse et galvanisait la foule, épée ou bâton à la main. Et puis l’histoire se chargea de le mettre provisoirement KO. La Première Guerre mondiale éclata, l’Allemagne et l’Angleterre s’affrontèrent et la vedette teutonne devint une étrangère ; pire, une ennemie. Il fut arrêté et, sous le matricule 16 626, interné plusieurs années à Knockaloe. Dans ce camp perdu en mer d’Irlande, il posa les jalons d’une méthode qui bouleverserait l’histoire de l’activité physique. Et, selon ses dires, d’innombrables vies. “Partout, les gens tombaient comme des mouches. Dans mon enclos, personne ne mourut”, se targuera dans la presse l’inventeur de la méthode Pilates. Aux yeux de ses codétenus, qui continueront de lui écrire tout au long de sa vie, Joseph est un héros.
Un siècle plus tard, la pratique à laquelle il a légué son nom a traversé l’océan, séduit des stars comme Madonna, Oprah Winfrey, Dua Lipa ou Uma Thurman, et compte aujourd’hui près de onze millions de pratiquants rien qu’aux États-Unis. Des chiffres que l’épidémie de Covid-19 pourrait bien avoir boostés. Pendant le confinement, Bob Tahri, médaillé de bronze aux championnats du monde d’athlétisme en 2009, a par exemple proposé tous les jours des “exercices de pilates découpés, apprend Bernard Andrieu, philosophe et auteur de Sentir son corps vivant. Le yoga ou la méditation exigent une pratique de la longue durée. Le pilates est plus facile d’accès et apporte un bénéfice immédiat face aux inconvénients du télétravail, aux heures passées devant un écran”. Partout, les cours virtuels explosent. Aux États-Unis, il faut parfois s’inscrire sur des listes d’attente s’étirant jusqu’à huit semaines pour pouvoir pratiquer, raconte Natalia Mehlman Petrzela, historienne de l’exercice physique à la New School, à New York : “On adore l’idée selon laquelle en travaillant, on peut tout faire, même battre une méchante épidémie. C’est peut-être faux, mais c’est rassurant.” On sait maintenant qu’en réalité, c’est surtout à l’isolement de l’île de Man, quasiment épargnée par la pandémie, que les prisonniers de Knockaloe ont dû leur salut pendant la grippe espagnole. Mais peu importe, la légende pilates ne s’embarrasse pas de ce détail. Et son créateur était d’ailleurs prêt à muscler jusqu’à sa biographie pour qu’elle soit contée aux quatre coins du monde.

“Contrologie” et Bauhaus

À partir d’une enfance misérable, Joseph Pilates brodera en effet une épopée grandiose, tirant vanité de ses origines grecques et d’ascendants illustres, à l’image de… Ponce Pilate. En réalité, Joseph Hubertus Pilates naît en 1883 à Mönchengladbach, à l’ouest de Düsseldorf, d’une famille tout à fait rhénane et peu argentée. Son père est forgeron ? Il le présentera comme un ingénieur civil. Il perd la vue de son œil droit après avoir été insulté et brutalisé par des camarades de classe ? Il évoquera “une rencontre de boxe”. Il est atteint d’asthme et de rachitisme ? Il jure ne jamais être allé chez le médecin ni avoir avalé ne serait-ce qu’une aspirine. De ces mystifications en rafale se dégagent néanmoins quelques certitudes. Lorsqu’il a 8 ans, un oncle lui offre un livre d’anatomie qu’il apprend par cœur. Au même moment, il se rend régulièrement au zoo pour étudier les animaux, leurs mouvements, la façon dont ils s’étirent. Dans une Europe décimée par les épidémies de tuberculose, Joseph se passionne pour la santé, et il aura le loisir d’approfondir ses connaissances au cours de ses quatre années d’emprisonnement sur l’île de Man. “Ennui, obsession pour l’apparence physique, capacité extraordinaire à analyser le corps humain : le pilates est issu de ces trois éléments. Dans le camp, Joe initie ses codétenus à sa nouvelle méthode”, résume John Howard Steel, auteur de Caged Lion : Joseph Pilates and His Legacy. De retour en Allemagne, où il se remarie, Joseph conçoit les premiers appareils avec lesquels, aujourd’hui encore, ses adeptes font travailler leurs muscles profonds. En 1922, il brevète sa première invention, le “correcteur de pied”. En 1924, c’est au tour du désormais célèbre Reformer, un banc coulissant équipé de ressorts, barres et sangles. Il élabore aussi une méthode d’exercices et une philosophie personnelle qu’il appelle “contrologie”, en reprenant l’adage du poète Schiller, “c’est l’esprit qui forme le corps”, ainsi que le précepte du Bauhaus, “less is more”. Surtout, cette fois, Joseph flaire la guerre à venir : lorsqu’on lui propose d’entraîner les troupes d’assaut allemandes, il préfère partir pour les États-Unis.
À 42 ans, binocles sur le nez, costume sombre et 500 dollars en poche – toute sa fortune –, celui qui se fait désormais appeler “Joe” embarque sur le Westphalia, où il rencontre Clara, qui deviendra sa troisième et dernière épouse, ainsi que son assistante personnelle. Deux semaines plus tard, le 27 avril 1926, le couple arrive à New York et s’installe à Manhattan, dans ce que l’on appelle alors le Hell’s Kitchen – un quartier malfamé où cohabitent immigrés et artistes désargentés appréciant la proximité avec Broadway et les bas loyers.


Un coup de génie. “Joseph fait le lien entre sa discipline et le show-business américain, une population précaire, sans préparation physique ni assurance, alors même que les acteurs et danseurs doivent pouvoir compter sur un corps en excellente santé”, explique Blandine Montagard, autrice de l’Encyclopédie du pilates et présidente de la Fédération des professionnels de la méthode Pilates. Ruth Saint Denis, pionnière de la danse moderne à la carrière compromise après une blessure au genou, sera la première célébrité à faire confiance à cet Allemand extravagant et à ses ustensiles bizarres. “Après un an de constant travail avec Joe, elle était redevenue mince comme lorsque je l’avais connue, avec les chevilles d’une jouvencelle, et elle n’avait plus de douleurs”, s’enthousiasme alors son mari, le danseur Ted Shawn. Quant à la diva, elle rebaptise Joe “le sculpteur du corps” et ouvre les portes du studio aux people de l’époque. La danseuse Martha Graham, le chorégraphe George Balanchine, la pianiste Elly Ney, le compositeur George Gershwin, la poétesse Mercedes de Acosta, l’actrice Katharine Hepburn, le réalisateur George Abbott, la mécène Peggy Guggenheim, la cantatrice Maria Callas… Tout le Manhattan branché craque pour cet hurluberlu aux pratiques insolites – il aime courir dans le quartier vêtu d’un simple slip bleu ciel – et aux manières brusques. Quand on lui demande la fonction précise d’un exercice, il répond, avec un fort accent allemand : “C’est bien pour le corps.” Quant à sa carte de visite, elle récite : “Un homme est jeune comme sa colonne vertébrale… Une femme est vieille comme elle se voit tous les matins.
”Partout, les gens tombent comme des mouches. Dans mon enclos, personne ne mourut.”
Joe Pilates, après la grippe espagnole.

Le studio de la dernière chance

Lorsqu’il se rend pour la première fois au studio de Pilates pour un torticolis chronique, son futur biographe, John Howard Steel, est reçu en caleçon et pantoufles : “Joe était très bronzé, avec une crinière de cheveux blancs, les bras musclés et les veines saillantes, écrit-il dans son livre. Il portait des lunettes à verres épais, dont l’étrange monture en plastique avait été rafistolée avec du scotch, et fixait sur moi son œil de verre. Il dégageait l’autorité d’un sergent de la marine, et un peu de sa méchanceté aussi. Il m’observait, sans rien dire. Pour briser la glace, j’ai voulu lui expliquer ce qui m’amenait. Il a émis un grognement: il n’avait aucune envie de discuter, et moi je voulais fuir.” La salle de gym, où trône une statue en bronze de Pilates, est parsemée d’appareils bizarroïdes aux noms peu engageants, comme “le grand baril” ou “la guillotine”. En guise d’introduction, trois phrases : “J’ai inventé tous ces équipements pour enseigner la contrologie. C’est tout ce qu’on fait ici. C’est tout ce dont tu as besoin dans la vie.” S’ensuit une série d’exercices, auxquels Joe met brusquement un terme au bout de 45 minutes : “OK, c’est fini, douche et tu te changes. Baisse tes épaules, lève ton menton. On se voit après-demain, 7 h. Cinq dollars.” Le nouveau client vomit dans les vestiaires, puis ressort avec l’impression d’avoir été passé “dans une essoreuse, comme dans les dessins animés de Bugs Bunny. Mais [il se sent] plus grand aussi. Et plus détendu”.

La chanteuse d’opéra Roberta Peters (deuxième en partant de la gauche) suit un cours de Joseph Pilates (debout) à New York, en 1951. Tout à droite sur la photo, sa dernière épouse Clara, avec qui il travaillait.

Le comportement de Joseph Pilates est aussi bourru que sa méthode est avant gardiste. Régulièrement, il fait irruption dans les douches, au mépris de l’intimité de ses élèves. Il les initie tout simplement à sa propre conception du nettoyage, raconte John Howard Steel : “Alors que je me lavais avec du savon industriel et sans brosse, malgré ses recommandations, il a ouvert les rideaux de la douche, attrapé la brosse et commencé à me frotter comme si j’étais du mobilier d’extérieur, peut-on encore lire dans Caged Lion. J’étais rouge comme une betterave et je pelais, j’étais sur le point de saigner. Quand il a terminé, il est sorti sans dire un mot. Parfois, j’entendais des cris en provenance des vestiaires féminins. Puis, j’entendais Joe dire : ‘Ne t’inquiète pas, il faut juste que je te montre comment te doucher, pour le bien de ta peau.’” Une vision mécanique du corps humain, dont il voulait gratter la rouille avec sa brosse hirsute, et qui correspond au fond aux gommages et autres produits exfoliants aujourd’hui en vogue. Pas le seul domaine où Joe fut en avance sur la mode. “Aujourd’hui, on parle beaucoup d’approche globale, mais à l’époque, traiter le corps de façon organique était révolutionnaire. Joseph Pilates avait compris que pour traiter le mal de dos, il ne fallait pas se concentrer uniquement sur le dos, mais sur tout le corps. Il ne s’encombrait pas de théorie, puisque ça marchait : son studio était la dernière chance de tous les malades chroniques”, explique Yaëlle Penkhoss, la directrice du studio Équilibre Pilates, à Paris. L’homme anticipe aussi la sédentarisation des modes de vie, poursuit la praticienne : “Avant, les professeurs de pilates étaient issus de la danse ou du théâtre. Depuis une dizaine d’années, on voit de plus en plus de personnes venant du marketing ou de l’immobilier, las du travail de bureau.” “La méthode renforce les articulations, la respiration et rectifie les mauvaises postures”, abonde Laurence Thiébaut, professeure à Nancy.

”Quand je serai mort, on dira : ‘Pilates avait raison.’ J’ai 50 ans d’avance sur mon temps.”
Joe Pilates, en 1964
Penché à sa fenêtre, Joe a pour habitude de commenter avec cynisme les postures des passants. On l’entend aussi régulièrement pester, l’haleine chargée d’alcool et de cigarettes, contre la société américaine. Avec les années, ses déclarations dans la presse se font de plus en plus amères. En 1958 : “Quel gâchis  ! Regardez autour de vous : thorax enfoncés, poches sous les yeux, consommateurs frénétiques d’aspirine, toux chroniques.” En 1962 : “Américains, fatigués et stressés… (…) Ils ne sont bons qu’à appuyer sur des boutons et à être manipulés. Cela devient tous les jours plus difficile de ne pas prendre un être humain pour un déchet.” En 1964 : “On prend davantage soin des voitures que du corps (…). Quand je serai mort, on dira : ‘Pilates avait raison.’ J’ai 50 ans d’avance sur mon temps.” Pas faux. Certes respecté par la scène artistique américaine, Joseph Pilates ne connaîtra jamais de son vivant la reconnaissance nationale et internationale à laquelle il aspirait. “La société n’était pas prête : on commençait à peine à comprendre l’importance d’une pratique physique régulière. Et puis Joe était absolument incapable de faire confiance aux autres pour développer la méthode à plus grande échelle”, résume aujourd’hui John Howard Steel. Excellent professeur, Joseph Pilates était moins doué en marketing. Rien que le terme de “contrologie”, le nom original de sa discipline, est rebutant : “Ça sonne comme si on travaillait avec un frein à main, détaille Blandine Montagard. Joseph Pilates se vendait mal. Convaincu de pouvoir soigner le mal de dos de JFK, il est parvenu à rencontrer une personne qui pouvait l’introduire auprès du président mais a fini par s’embrouiller avec. Il était incapable de louvoyer.” Ou de redimensionner ses visées. “Joe est un homme en colère. Il n’a pas de vie sociale, parle de moins en moins, et réduit tout à un seul sujet : la contrologie”, raconte dans son livre John Howard Steel, qui sera la dernière personne à parler avec lui avant sa mort, en 1967, à 83 ans. Ses dernières paroles ? “Un jour, le monde entier reconnaîtra et pratiquera la contrologie.

Les mœurs changent

En attendant, son studio frôle la faillite. Ses disciples sont noyés dans le fatras administratif – Joseph n’acceptait que les paiements en cash et n’avait jamais rempli ne serait-ce qu’une déclaration de revenus – et s’écharpent pour reprendre le contrôle du business. Dans l’ouvrage Joseph Hubertus Pilates : La biografía, Javier Peréz Pont et Esperanza Aparicio Romero citent un ami de Joseph lors de sa cérémonie funéraire : “Ses disciples s’interrogeaient : qui sera choisi pour diriger le studio ? Les uns s’apprêtaient à ouvrir leur propre salle de façon indépendante, les autres voulaient enregistrer la méthode Pilates sous leur nom. Ils n’avaient même pas quitté la chapelle et ils se battaient déjà pour le pouvoir !” Les dissensions sont telles qu’un procès sera ouvert pour déterminer qui aura le droit de se réclamer de la succession de Joseph Pilates. Surtout, les mœurs changent, et la méthode a du mal à suivre. Bientôt, l’ère est aux pattes d’eph’, aux platform shoes et aux discothèques. Après avoir fait la fête au Studio 54, le plus branché des clubs new-yorkais, on va purger drogue et alcool dans les salles d’aérobic, nouvelle discipline à la mode. Les mouvements sont rapides, la respiration abondante et la musique assourdissante, aux antipodes du pilates, qui paraît tout à coup aussi ringard que le casse-noisette. Il prendra sa revanche à la fin des années 80, quand les adeptes du sportswear en lycra constateront des traumatismes au niveau des genoux, du dos et des articulations. Le pilates apparaît alors comme la solution. Les hippies des années 60 et 70 ont grandi, l’ancienne contre-culture revient en grâce. “En réaction à l’individualisme narcissique des années 80, on s’intéresse à des pratiques plus holistiques, comme le yoga et le pilates”, retrace Natalia Mehlman Petrzela. En 2000, après plusieurs années de bataille judiciaire, le terme “pilates” devient enfin un nom commun, comparable au yoga ou au karaté, et ne peut donc être protégé ni considéré comme une marque. “Tous les profs qui donnaient des cours en catimini et ne communiquaient pas sur le nom de la méthode ont pu alors émerger”, raconte Blandine Montagard.
Quand Laurence Thiébaud s’installe en région parisienne en 2009, les studios de pilates se comptent sur les doigts d’une main. Il y en a désormais une cinquantaine, rien que dans la capitale. À Londres, ils se dénombrent par centaines. “Au début, je devais expliquer ce qu’était le pilates. Là, je dois expliquer ce qu’il n’est pas”, se désole la professeure, qui regrette que la méthode soit devenue si populaire, pour le meilleur mais aussi pour le pire, avec des idées fausses et le développement de formations extrêmement rapides et peu soucieuses d’intégrité. “Si Joe voyait ce qui se passe, il faudrait le mettre sous calmants. Mais une fois que les sédatifs auraient fait leur effet, il serait heureux de savoir que son nom est presque aussi connu que celui de Mickey Mouse”, s’amuse John Howard Steel. Peut-être serait-il aussi ravi de découvrir que, comme lui, l’humanité aime se bercer de légendes. Les récentes biographies consacrées au personnage démontent ses assertions sur la grippe espagnole endiguée par sa méthode, poursuit Steel : “Je pensais que les lecteurs allaient tomber des nues, un peu comme si on leur disait que Jésus n’a pas marché sur l’eau. En fait, les gens s’en moquent.” Et persistent, plus que jamais, dans leur culte.
Le coronavirus attaque les poumons, or la respiration est un élément essentiel du pilates : je suis asthmatique, et cette méthode m’a beaucoup aidé, souligne Mark Pedri, réalisateur d’un documentaire sur le pilates. Par ailleurs, l’exercice physique booste le système immunitaire. Bien sûr, rien ne prouve que la pratique aide à prévenir la grippe ou le coronavirus. Mais qui peut prouver le contraire ?” Imparable. Comme aux internés de l’île de Man, les entraînements de Joseph Pilates auraient aussi apporté un soutien psychologique non négligeable aux confinés que la dépression guettait, rappelle Eva Rincke, autrice d’une autre biographie du créateur : “On parlerait aujourd’hui de pleine conscience. Les détenus se sont concentrés sur leur corps plutôt que sur leur situation désespérée. Ils ont pu aller de l’avant, et ne l’ont jamais oublié.” Toute sa vie, Joseph Pilates gardera sur lui une lettre de remerciements écrite par un interne de l’hôpital de Knockaloe, adressée à “notre cher camarade Pilates, notre professeur de culture physique, qui fut si généreux pendant ces quatre années épuisantes pour les nerfs. Grâce à son entraînement, nous sommes arrivés au meilleur de nous-mêmes, non seulement physiquement, mais aussi spirituellement”. À défaut de sauver l’humanité des pandémies, Joseph Pilates a rappelé une vivifiante évidence : tout mythe contient une part de vérité.

Randonnée AMGV : La Camargue – Etangs du Galabert et du Fangassier

Randonnée AMGV : La Camargue – Etangs du Galabert et du Fangassier

Le dimanche 27 septembre 2020

Départ : Complexe sportif à 8 H 30

 

 Distance : 20 km –  Dénivelée : 0 m

Tarif non adhérent : 5€ 

Coût estimé du covoiturage : 26 € / véhicule  

LA CAMARGUE – Etangs du Galabert et du Fangassier

Entre les dunes, les étangs, les marais, la  Camargue, fille du Rhône, dévoile à ceux qui aiment marcher un paysage particulier, envoutant.

Dans ce milieu deltaïque, lagunaire, côtier, enluminé par le soleil, baigné par les eaux bleues de la Méditerranée, vous rencontrerez flamands roses, canards, mouettes et goélands. Peut-être croiserez-vous dans les roselières ou sur la sansouire un noir taureau, crin blanc, l’olivier de bohème, qui sait ? L’aventure est au bout du chemin.

Vous pourrez aussi découvrir les étangs du Galabert, du Fangassier, la pointe de Beauduc et enfin le phare de la Gacholle ; une belle balade en perspective, surtout si le crépuscule nous surprend. C’est un moment magique : quand la mer devient le miroir du soleil déclinant à l’horizon. Alors ces immenses halophiles se couvrent de rouges parures, le ciel rejoint la mer et prolonge l’enchantement de ces instants au-delà du silence…

Thème :         Histoire et géologie, faune et flore de la Camargue.

Prendre :      Chaussures de marche, 2l d’eau par personne, repas de midi, goûter, vêtements de rechange, casquette, lunettes de soleil, crème solaire, maillot et serviette de bain.

RENSEIGNEMENTS : 04 66 20 75 22 (le soir)

Lire et télécharger l’affiche : Randonnée AMGV 27 Septembre 2020